« Français et Syriens, nous sommes unis dans la souffrance… »

Monseigneur Jean-Abdo Arbach est l’archevêque de Homs, en Syrie. Il était en France pendant dix jours, pour signer le jumelage de son diocèse avec celui de Toulon.

Quelle impression de votre visite en France ?

J’ai rencontré beaucoup d’enfants et leur joie m’a apporté beaucoup de réconfort. Quelle joie d’entendre ces jeunes filles de l’institution Saint-Joseph, à Draguignan, chanter la prière de saint François: « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ». C’est tout simplement la mission d’un chrétien où qu’il se trouve.

Vous êtes les victimes régulières des terroristes. La France vient d’être touchée à son tour. Comment trouver cette paix ?

Dieu est Amour et lui seul comble le cœur de l’homme. La colère est normale, mais elle n’est pas bonne conseillère. Pour gagner dans le temps, c’est aux cœurs qu’il faut s’adresser. On peut se nourrir de haine; on peut également choisir d’être heureux. Ce que ces terroristes infligent à des innocents est innommable. Ne nous laissons pas aller à la même violence qu’eux. Au bout de cinq ans de guerre, je peux vous l’assurer : la violence est une source infinie de destructions, de souffrances et de larmes. Nous, Syriens et Français, sommes aujourd’hui unis dans la souffrance. Je veux dire aux Français toute ma compassion et les assurer de ma fervente prière.

Quel est le sens d’une présence chrétienne au cœur d’événements si tragiques ?

Le terrorisme fait partie de ces pires horreurs dont l’homme est capable. Dieu est Amour et son message est simple : Il nous demande de nous aimer les uns les autres. Il faut, bien sûr, défendre son pays, son peuple, sa famille… Mais il faut surtout vouloir la paix de tout son cœur et y œuvrer de toutes ses forces. Les chrétiens ont leur place au milieu du monde, parce que c’est dans la pâte que doit se trouver le levain…

En quoi consiste exactement ce jumelage que vous venez de signer avec le diocèse de Monseigneur Rey ?

Il s’agit d’un jumelage spirituel, humain et humanitaire. Nous avons besoin de ces trois niveaux d’échanges. Grâce à la générosité des donateurs de SOS Chrétiens d’Orient et du diocèse de Fréjus-Toulon, nous avons déjà pu construire une école à Yabroud qui accueille 120 enfants. L’éducation est une priorité dans laquelle le diocèse de Mgr Rey va m’assister : elle est primordiale pour former la génération qui reconstruira la Syrie. Mais le jumelage est également spirituel et humain. Mgr Rey est venu visiter nos communautés chrétiennes cet été. Sa présence a été une grande joie. Nous avons vraiment besoin de ce soutien. Le diocèse accueille plusieurs familles chrétiennes syriennes et je l’en remercie, mais je suis également heureux qu’il puisse désormais nous aider à rester sur place.

Vous n’avez jamais pensé à quitter la Syrie ?

Je n’ai pas pensé à quitter la Syrie, parce que la Syrie a besoin de tous ses enfants. Si je quitte la Syrie, mes fidèles quitteront aussi le pays ; c’est impensable. Nous avons parfois peur et c’est normal. Mais c’est là que nous appelle le Christ, même s’il faut aller jusqu’à la croix.