« Hierarchy of death » et déni de réalité

La “sagesse populai­re” tenait que nous étions tous égaux devant la mort. Riche ou pauvre, puissant ou misérable, la mort frappe avec une apparente indifférence. Pourtant, est né dans le monde anglo-saxon un nouveau concept : celui de la Hierarchy of death, de la hiérarchie de la mort. Nous l’observons chaque jour.

Je recommande l’éditorial de Jo­seph Macé-Scaron, directeur de l’hebdomadaire Marianne, du 11 avril. Revenant sur le massacre ciblé de jeunes étudiants chrétiens, perpétré le 2 avril par le groupe djihadiste somalien Al-Shabaab, sur le campus du University College de Garissa, au nord-est du Kenya, Macé-Scaron écrit : « Non, le massacre de 148 jeunes étudiants chrétiens kenyans n’a pas entraîné la condamnation internationale que nous étions en droit d’attendre. Oui, il existe bien “deux poids et deux mesures”. […] Non, nous n’avons pas eu les traditionnelles rondes des experts sur les ondes […] pour tenter d’appréhender cette barbarie inouïe. »

C’est là un parfait exemple de la “hiérarchie de la mort”. Ce qui se passe loin de chez soi, est d’un intérêt moindre, pour les politiques et les médias, et donc pour les populations qui sont sous leur influence, que ce qui survient ailleurs. Les 17 morts des 7 et 9 janvier en France ont plus d’importance que les 148 morts du 2 avril au Kenya.

À cette discrimination née du concept de “hiérarchie de la mort”, s’en ajoute une seconde : le déni de réalité. Trouble du comportement, autrement dit maladie mentale, le déni de réalité s’applique aussi à ce type d’événements. Les deux communiqués de l’Élysée, le premier du 15 février condamnant l’égorgement de « 21 ressortissants égyptiens », et le second du 2 avril déplorant les « nombreuses victimes de l’attaque contre l’Université de Garissa », se refusaient à rappeler que, dans les deux cas, les victimes étaient chrétiennes et les assassins musulmans !

Hiérarchie de la mort et déni de réalité sont, décidément, les deux blocages dirimants, idéologiques et psychologiques, qui empêchent la classe politico-médiatique, en France et dans le monde, de comprendre la nature et l’importance du phénomène massif et universel de la christianophobie contemporaine…

Daniel Hamiche

daniel.hamiche@christianophobie.fr