« Je prie chaque jour pour conserver cette force… »

Boutros est un chrétien Irakien qui habi­tait Qaraqosh et qui a fui en 2014, avant l’arrivée de l’État islamique. Il s’apprête aujourd’hui à rentrer. Interview :


Vous avez quitté Qaraqosh il y a maintenant trois ans. Espérez-vous y retourner un jour ?

Bien sûr ! Je fais partie des rares Irakiens qui refusent de croire que notre avenir est forcément ailleurs.
Nous avons quitté Qaraqosh dans la nuit du 6 août 2014 parce que l’État islamique s’apprêtait à prendre la ville, mais nous nous préparons à rentrer maintenant que la ville est libérée et que Mossoul est à nouveau aux mains de l’armée irakienne.

Certains disent qu’ils n’ont plus confiance, même avec la déroute de l’État islamique…

C’est normal, nous n’avons pas attendu l’État islamique pour craindre pour nos vies. Depuis 2003 et l’invasion américaine, le pays a été terriblement déstabilisé et des milices ont vu le jour de tous côtés.
Dans ces cas-là, les chrétiens sont toujours les victimes collatérales ou expiatoires et ce fut le cas bien avant l’arrivée de l’État islamique en effet.
Mossoul est une ville dans laquelle les chrétiens fuyaient déjà depuis des années parce que l’ambiance était islamiste et que l’hostilité grandissait un peu plus chaque jour.
Revenir à Mossoul semble très difficile à ima¬giner aujourd’hui.
Mais Qaraqosh est une ville chrétienne et j’espère qu’elle le restera.
Nous avons déjà eu des menaces bien sûr et la sécurité n’est pas optimale mais c’est là que nous sommes nés, c’est sans doute là aussi qu’est notre mission…

Qu’est-ce qui vous empêche aujourd’hui de rentrer ?

Nous attendons simplement les autorisations pour acheminer le déménagement vers Qaraqosh. Les entrées dans la ville sont assez surveillées, et c’est bien normal !
Les retours se font petit à petit mais il y a aussi le tribunal pour les combattants de l’État islamique qui est encore dans la ville, la sécurité est un vrai sujet.
Tout cela pour vous dire que la décision ne dépend pas de nous et que nous sommes, de notre côté, bien déterminés à rentrer !

Vous n’avez pas peur ?

Vous savez, notre vie n’a jamais été totalement sûre… Mais je crois que vous, européens, savez aussi que la vie est bien fragile désormais.
Je ne réfléchis pas tellement selon ma peur, parfois bien réelle, mais selon la réalité : je suis Irakien, ma vie est ici et j’ai la chance d’avoir encore la force de la vouloir ici. Alors je reste.
Ce n’est absolument pas une condamnation de ceux qui sont partis, je sais trop bien combien la vie peut être difficile et l’inquiétude terrible quant à l’avenir de nos enfants…
Mais j’ai cette force alors je m’en sers. Et je prie, chaque jour, pour la conserver.