La Cour suprême du Pakistan diffère la révision du procès d’Asia Bibi

La plateforme catholique espagnole de défense de la liberté religieuse Mas Libres travaille depuis des années à informer et à mobiliser sur l’affaire Asia Bibi, cette chrétienne pakistanaise mère de famille condamnée à mort en première instance et en appel pour “blasphème”.
La Cour suprême du Pakistan a accepté, l’an passé, de reconsidérer tout le dossier, mais des développements récents en repoussent la réouverture. Manuel Vidal, directeur de Mas Libres, nous en explique les raisons dans un courriel du 6 mars.

Je vous écris pour vous donner les dernières nouvelles que j’ai obtenues d’Asia Bibi. La première, c’est de ne pas vous inquiéter : elle va bien et est en sûreté autant qu’on peut l’être dans une prison au Pakistan.

Ses avocats ont déposé une requête pour que son dossier soit transféré dès que possible du tribunal de Lahore […] à la Cour suprême de d’Islamabad où son procès doit être révisé.

Bien que cette requête ait été acceptée, la tension extrême que vit actuellement le Pakistan a conduit la Haute Cour à reporter l’examen du cas d’Asia Bibi.

Je ne voudrais pas vous inquiéter, mais il est vrai que, depuis l’exécution capitale, lundi dernier [29 février], de Mumtaz Quadri, dont l’affaire était liée à celle d’Asia Bibi, le Pakistan est devenu, ces derniers jours, un endroit extrêmement dangereux, et surtout pour les chrétiens.

Quadri était le chauffeur et le garde du corps de Salman Taseer, gouverneur du Pendjab. Ce gouverneur musulman fut l’un des rares hommes politiques pakistanais à avoir eu le courage de remettre en question publiquement la loi anti-blasphème qui s’est appliquée à Asia Bibi, et en vertu de laquelle elle a été condamnée à mort.

Sa bravoure lui a coûté la vie : Quadri, son propre garde du corps, l’a assassiné. Et depuis, la famille du gouverneur vit sous la menace.

Le meurtrier a été condamné à mort par un tribunal. Et depuis cette condamnation, les pressions des groupes islamistes radicaux sur les tribunaux pour empêcher l’exécution ont été étouffantes. […]

Mumtaz Quadri a été exécuté lundi matin dans un black-out absolu d’informations, afin d’éviter des émeutes. […]

Autrement dit, évoquer Asia Bibi aujourd’hui au Pakistan, c’est comme jeter une flamme sur un baril de poudre. Comme me l’a assuré sa famille, si la Cour suprême commençait maintenant l’examen de l’affaire Asia Bibi, ce serait non seulement dangereux pour elle, mais aussi pour tous ceux qui sont en première ligne de sa défense.

Les risques que prend toute personne qui soutient publiquement Asia Bibi, ont été parfaitement illustrés avec Salman Taseer : non seulement il a été tué, mais sa famille a souffert de l’enlèvement de son fils qui heureusement aujourd’hui a été libéré.

Par conséquent, la Cour suprême a informé la famille d’Asia Bibi qu’elle devrait attendre que les esprits se calment avant de pouvoir reprendre l’examen de l’affaire.

Comme vous le savez, le 22 juillet de l’année dernière, la Cour suprême à suspendu l’application de la peine de mort, accepté de reconsidérer l’affaire et autorisé la mise en liberté sous caution d’Asia Bibi. Pour des raisons de sécurité, la chrétienne a préféré rester en prison jusqu’à ce que soit prononcé le jugement final.

Ce qui nous a beaucoup satisfait, ainsi que tous les chrétiens pakistanais, c’est l’annonce par le gouvernement du Pakistan que le pape François se rendra prochainement en visite dans ce pays. Bien que cette nouvelle n’ait pas été confirmée par le Saint-Siège, la visite de François est une source d’espoir pour les minorités chrétiennes qui souffrent de persécutions, de violences et de déni de leurs droits au seul motif de professer leur foi. […]

Ce sont les dernières nouvelles du Pakistan. La famille d’Asia Bibi, tout comme vous et moi, attend avec impatience que la révision du procès se fasse dès que possible, dans les conditions les plus favorables et que le résultat soit ce que vous et moi attendons depuis des années : sa libération.

Source : Mas Libres – CH pour la traduction.