« La France nous a beaucoup fait souffrir… »

Quelle est la situation aujourd’hui à Alep?

Nous subissons une barbarie atroce. Je plains nos fidèles, les chrétiens comme les musulmans, dans cette guerre interminable. Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité. Chaque fois que les canalisations sont réparées, les “rebelles” les font immédia­tement sauter. Vous avez souffert la Seconde Guerre mondiale, avec des bombardements réguliers, mais espacés. Ici, c’est chaque jour, plusieurs fois par jour, et depuis trois ans…

 

Que faire?

La meilleure chose à faire, aujourd’hui, est d’accompagner moralement les fidèles pour les aider à rester. J’ai choisi de concentrer mes aides sur les chrétiens, pas par mépris des autres, mais simplement parce que les chrétiens sont les grands oubliés de cette guerre. Les aides des grandes organisations sont pour tout le monde, mais elles arrivent essentiellement dans les camps de réfugiés dans lesquels on ne trouve que très peu de réfugiés chrétiens.

 

Les chrétiens ont-ils tendance à partir?

Comme beaucoup d’autres évidemment ; la situation est tellement difficile. Mais le maintien d’une présence chrétienne est absolument indispensable. Cette hémorragie est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à supporter… L’Europe est submergée et la Syrie perd des forces dont elle a besoin aujourd’hui pour résister et demain pour reconstruire.

 

Êtes-vous conscients du soutien des chrétiens de France dans cette souffrance?

J’ai parlé à mes fidèles de toutes ces clo­ches qui ont sonné en Europe pour nous, le 15 août dernier. Nous avons besoin de ce soutien, et je vous en remercie. Les responsables ont trop tardé pour se manifester, mais mieux vaut tard que jamais et je remercie vivement les évêques pour cette initiative. Ne vous arrêtez pas là ! Continuez à prier, bien sûr, mais parlez aussi. Nous sommes dans une guerre de civilisation entre ceux qui acceptent de vivre avec les autres et ceux qui le refusent. Cessons de parler de démocratie ou de droits de l’homme, ça suffit ! Je prie pour la France, j’aime la France ; mais la France nous a beaucoup fait souffrir ces dernières années.

 

Que se passe-t-il en Syrie?

Nous sommes face à des fondamenta­listes qui veulent prendre le pouvoir et exclure tous ceux qui ne sont pas semblables à eux. C’est très grave et la lutte est fondamentale pour l’avenir du Proche-Orient, de l’Église, et du monde peut-être. Le Christ n’a obligé personne à devenir chrétien, Il n’oblige personne à le rester. Ceux qui veulent quitter l’Église sont libres de le faire ; ceux qui veulent l’embrasser doivent également être libres de le faire ! Nous res­pectons ceux qui ne sont pas chrétiens, mais nous croyons en Jésus-Christ ressuscité et nous voulons rester libres de le croire et d’en vivre. Sans cela, il n’y aura jamais de paix, nulle part.