« La France nous a tellement déçus ! »

En dignes héritiers de Don Bosco, votre mission concerne la jeunesse. Comment va-t-elle à Alep?

Nous avons, depuis des années, un centre de jeunes qui est toujours ouvert et qui conti­nue à proposer des activités, notamment aux jeunes chrétiens de la ville d’Alep, mais la plupart d’entre eux sont partis… Les chrétiens ont peur, peut-être plus encore que les autres parce qu’ils sont chrétiens, que la ville d’Alep tombe aux mains des islamistes qui entourent désormais Alep. Il reste une route qui relie notre ville au reste du pays. Si elle tombe, il est difficile de savoir ce que nous deviendrons… Nous ne pouvons pas promettre à nos fidèles que tout se passera bien ; ce serait mentir. Alors nous mettons tout en œuvre pour aider ceux qui restent, que ce soit par amour pour leur terre ou par manque de moyens pour partir.

 

Comment avez-vous adapté votre action pendant la guerre?

Nous avons conservé ce que nous faisions déjà, mais nous avons également mis en place des activités pour éviter que les enfants et jeu­nes s’ennuient… Certains sont déplacés parce que leur quartier est aux mains des terroristes, d’autres n’ont pas pu aller à l’école pendant certaines périodes : il faut occuper ces jeunes. Nos locaux leur sont ouverts pour jouer, mais aussi pour étudier.

Pour le reste des aides, nous avons continué, et augmenté ce que nous faisions déjà : nous aidons désormais 150 familles dans le quartier, nous distribuons des repas chauds, mais également des paniers avec les produits indispensables. La plupart des fa­milles que nous aidons sont chrétiennes, mais aussi, de plus en plus, musulmanes. Nous avons toujours eu l’habitude de vraiment coexister ; c’était une évidence pour nous.

Avez-vous dû arrêter certaines de vos activités?

Oui, l’une d’entre elles est devenue véritablement impossible : la visite aux prisonniers de la ville. Nous allions régulièrement leur dire la messe et discuter avec eux, mais la prison se trouve désormais dans un quartier dans lequel nous ne pourrions entrer sans nous faire tuer. Pour être très honnête, cette mission n’est pas totalement abandonnée : nous ne nous rendons plus à la prison, mais nous n’avons pas cessé une seule journée de prier pour eux ! Nous avions, en revanche, l’habitude d’emmener chaque année 700 jeunes à la montagne, en vacances ; il nous a été impossible jusqu’à maintenant de quitter Alep.

 

Quels sont les problèmes rencontrés par vos fidèles?

Ils sont divers. En plus du problème sécuritaire, il y a le problème économique.

 

Un mot pour la France?

La “tendre mère des Chrétiens d’Orient”, comme nous l’appelions, nous a tellement déçus… Que s’est-il passé pour qu’elle soutienne ainsi ceux qui nous terrorisent depuis 4 ans ? Je prie pour qu’elle redevienne amie de la Syrie ; que les chrétiens de France en fassent autant !