Le fondateur de LEAD : les chrétiens pakistanais vivent dans la peur

Mushtaq Masih Gill est un avocat pakistanais chrétien, marié et père de trois enfants. Il a fondé Legal Evangelical Association Development (http://leadfamily.blogspot.fr) qui œuvre à la défense juridique des chrétiens persécutés dans son pays. Un travail qui est aussi un apostolat quotidien mais qui n’est pas sans risques…

Quand et pourquoi avez-vous fondé LEAD ?

J’ai fondé LEAD en 2006 parce que je vis dans un pays qui est à 97 % musulman et dans lequel les chrétiens vivent dans la peur de la persécution et qu’ils sont constamment soumis à des menaces, à la discrimination, au mépris et à la haine. La pire des intimidations qui pèsent sur eux à chaque instant ce sont les lois sur le blasphème. Les chrétiens pakistanais sont parsemés sur tout le territoire et vivent dans les zones les plus pauvres et doivent affronter les pires crimes contre l’humanité qu’on puisse imaginer. À cause de leur foi chrétienne, on les considère comme la plus basse caste de la société, et c’est la communauté qui, chaque jour, risque de terribles épreuves.

Quels sont les principaux problèmes que doivent affronter les chrétiens au Pakistan ?

Les chrétiens sont plus souvent considérés comme des « agents de l’Occident » que comme des citoyens. Cette conception est l’alibi qui permet de nier aux chrétiens leurs droits fondamentaux. Les chrétiens ne disposent pas de la liberté religieuse au Pakistan, pourtant garantie par la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU. La Constitution de 1973 leur concède quelques droits fondamentaux mais avec des restrictions et des discriminations. Impossible pour un chrétien d’être Président de la République ou Premier Ministre. Et il en va de même pour des fonctions ministérielles : les musulmans ne sont pas prêts à accepter cela. D’où le nombre croissant de conversion à l’islam de chrétiens.

Y a-t-il un débat au Pakistan à propos des lois sur le blasphème ?

Oui, il existe un débat public sur elles en raison des abus dans l’application de ces lois, mais tout le monde évite de dire qu’elles devraient être abolies sauf nous chrétiens qui l’exigeons, mais comme les personnalités de premier plan qui l’ont aussi exigée ont été assassinés, plus personne n’ose évoquer cette éventualité. Je continuerai à me battre jusqu’à mon dernier souffle pour que les lois sur le blasphème soient abolies. Je prie l’Occident de faire entendre sa voix contre ces lois et de nous soutenir dans ce combat.

En votre double qualité d’avocat et de président de LEAD avec vous reçu des menaces ?

En 2013, on m’a arrêté sur la route et menacé avec un revolver parce que je défendais une femme chrétienne victime de violence de la part d’un propriétaire terrien musulman. On voulait que j’abandonne l’affaire. En novembre de la même année on a tiré sur ma maison. J’ai déposé plainte pour ces deux incidents, mais on n’a pas voulu l’enregistrer. Il a fallu une pression internationale pour qu’elle le soit. Quand mon équipe d’avocat a pris en charge l’affaire de l’attaque contre la Joseph Colony de Lahore avec les incendies de tant de maisons de chrétiens, j’ai reçu des menaces et l’un des avocats, menacé lui aussi, a abandonné le dossier. En août 2014, pour avoir déposé une demande d’audience anticipée dans l’affaire Asia Bibi, on a tiré sur ma maison alors que je venais d’y entrer : un voisin qui se tenait sur le seuil a été blessé…

Craignez-vous pour votre vie ?

Comme défenseur des droits de l’homme et en raison de mon travail, la peur des menaces, des intimidations et des agressions ne cesse de m’accompagner, mais mon engagement pour l’Église persécutée m’encourage à ne pas craindre pour ma vie.

(Propos recueillis le 29 novembre 2014)