Le patriarche Sako s’adresse au Conseil de sécurité de l’ONU

Comme vous le savez sans doute, cette année est celle du centenaire des massacres des chrétiens de 1915. Aujourd’hui, cent ans plus tard, nous vivons une situation pareillement catastrophique qui pousse tant de familles à quitter leur pays. C’est une grande perte pour tous.

Franchement, ce qu’on a appelé le Printemps arabe a eu des effets négatifs sur nous. […]

Depuis cette tribune, je souhaiterais vous transmettre un message inspiré par les valeurs spirituelles et humanistes.

La coexistence positive, fondée sur la justice et la paix dans un esprit d’amour et de citoyenneté, devrait demeurer au sommet des priorités du Conseil de sécurité et des Nations Unies.

Pour ce qui concerne mon pays, j’appelle au soutien au gouvernement central et au gouvernement régional du Kurdistan en vue de la libération de toutes les villes d’Irak, et pour nous, chrétiens, Yézidis et Shabaks, tout spécialement la ville de Mossoul, ainsi que les villes et les villages de la plaine de Ninive ; qu’on fournisse une protection internationale à leurs habitants qu’on a forcé à quitter leurs fo­yers (une Zone de Sécurité) ; et qu’on promulgue une loi sur le droit immobilier et la propriété foncière qui leur garantisse leurs droits sur leurs terres, leur permette de rentrer chez eux et de reprendre le cours de leur vie dans des conditions normales. Il est aussi de la responsabilité du gouvernement central d’offrir des compensations pour tous les dommages subis.

Le plus grand problème réside dans la compréhension des différents facteurs constitutifs d’un État : la religion, la citoyenneté, les individus, la communauté, le rôle des femmes et l’éducation nationale, afin qu’on puisse vivre ensemble dans la paix et le respect.

Les groupes extrémistes musulmans refusent de vivre avec des non-musulmans. Ils les persécutent et les déracinent de leurs foyers, et ils effacent leur histoire (leur mémoire). […]

Cette situation épouvantable exi­ge qu’on établisse des principes fondés sur la législation internationale, afin d’empêcher cette discrimination catastrophique contre l’être humain et l’humanité.

En même temps, il est important de comprendre que ces actes terroristes ne doivent pas être imputés à tous les musulmans. En fait, il y a une majorité silencieuse et pacifique de musulmans qui rejette une telle politisation de la religion. Ils acceptent de mener une vie en commun avec les autres dans le cadre d’un État civil et conformément à la loi.

La paix et la stabilité ne peuvent pas être obtenues uniquement par des opérations militaires car elles sont incapables de démanteler cette façon de penser de petits groupes qui détruit êtres humains et pierres : la civilisation.

Cela montre que la commu­nauté internationale, y compris la Ligue arabe et l’Organisation de la conférence islamique, doit prendre des décisions juridiques et des mesures définitives.  […]

Une attention particulière devra être portée à une menace notable. Des millions d’enfants et de jeunes sont privés d’écoles et d’éducation. Des millions de réfugiés sont dans des camps, et privés de soins et d’attention. La montée de la frustration, du chômage et de la pauvreté pourrait aisément développer une atmosphère de vengeance et d’extrémisme. Il est, par conséquent, nécessaire de prendre soin de ces réfugiés en répondant à leurs besoins et en diminuant leurs souffrances.

 

Sources : Asia News, Assyrian International News Agency. © CH pour la traduction.