Les Coptes, entre reconstruction et menace islamiste

François-Xavier Gicquel est directeur des opérations chez SOS Chrétiens d’Orient et se rend très régulièrement en Égypte.

On a récemment assisté à plusieurs attentats très meurtriers contre les Coptes en Égypte. Vous vous y rendez régulièrement. Quelle est la situation aujourd’hui ?
D’un côté, le gouvernement en place, après de grosses périodes d’instabilité, est plutôt en faveur d’une neutralité de l’État vis-à-vis des minorités, ce qui est une bonne nouvelle, notamment pour les chrétiens. Tout ce qui est social ou législatif a tendance à être plutôt favorable aux Coptes et le gouvernement a frappé fort contre les Frères musulmans dès son arrivée au pouvoir. Mais, à l’inverse, la situation s’aggrave du côté des mouvements islamistes qui se durcissent de jour en jour et attaquent directement les communautés, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans. Le gouvernement essaie pourtant de durcir le ton : après les deniers attentats, il a frappé des bases de l’État islamique en Libye. Cela a fait hurler ce qui reste de gouvernement libyen, mais la riposte ne s’est pas fait attendre. Mais le gouvernement semble dépassé sur l’étendue du territoire, que ce soit dans le Sinaï ou en Haute-égypte. Il faut aussi comprendre qu’il y a des problématiques sociales dans le pays qui favorisent le développement des Frères musulmans, en Égypte comme ailleurs. Il y a une grande pauvreté, un taux d’illettrisme qui atteint quasiment 50 % de la population, un fort taux de chômage dans les périphéries… Cela crée un terreau favorable au développement des mouvements islamistes. Or, ces derniers appellent régulièrement à la haine des chrétiens.

Y a-t-il un désir de fuite chez les chrétiens ou continuent-ils à espérer dans ce gouvernement qui leur est plutôt favorable, au moins en paroles ?
Les autorités consulaires françaises nous ont informés d’un certain nombre de demandes de visas pour quitter le pays. Mais le phénomène est bien moins important qu’en Irak ou en Syrie. Contrairement à d’autres pays, l’avenir des chrétiens n’est pas incertain en Égypte, puisqu’ils sont encore en nombre conséquent (a priori 15 millions) et que la dynamique démographique tend à faire grossir ce nombre. Mais l’état d’esprit est souvent à la crainte aujourd’hui : il y a quand même eu quatre attentats contre les Coptes en quelques mois et tout le monde garde en mémoire les Coptes décapités sur une plage libyenne il y a deux ans ou les dizaines d’églises brûlées par les Frères musulmans pendant la révolution…

Quels sont les besoins des Coptes aujourd’hui ?
Les besoins principaux sont dans le domaine socio-culturel, en premier lieu l’éducation. Nous essayons donc de soutenir tous les Égyptiens qui s’engagent dans cette voie-là. La santé est également un domaine dans lequel il y a beaucoup à faire, puisque la pauvreté empêche de nombreux Coptes d’accéder à des soins parfois nécessaires. Et nous travaillons aussi à renforcer la culture chrétienne. Les Coptes ont désormais le droit de reconstruire leurs églises. Nous aidons donc à la reconstruction de l’une d’entre elles au Caire. Nos actions sont multiples et ne demandent qu’à s’accroître… Les besoins sont nombreux !