Les crèches ne sont pas incompatibles avec la laïcité ! (version longue)

1° Depuis quelques années, vous animez avec succès le réseaux « Riposte laïque », pour faire face aux entorses à la laïcité qu’on observe de plus en plus régulièrement. Quel regard portez-vous sur ce que nous appelons la « christianophobie » ? Est-ce une réalité pour vous ?

 

Pierre Cassen : L’objectif principal de notre site est d’abord de lutter contre l’islamisation de la France, sachant que ce dogme totalitaire et conquérant est incompatible avec notre modèle laïque, contrairement au christianisme. Je me méfie du terme « christianophobie », car je lutte contre ceux qui veulent faire de « l’islamophobie » un délit. Pour moi, on a le droit d’être christianophobe ou athéophobe, c’est-à-dire de ne pas aimer un dogme, cela fait partie de la liberté d’expression, et de l’absence de délit de blasphème dans notre pays (même s’il est moins risqué de s’en prendre au catholicisme qu’à l’islam). Par contre, si vous parlez des agressions répétées contre les Eglises et les symboles chrétiens en France, là, on est dans le vandalisme, et, à l’image des Femens, on doit tomber sous le coup de la loi. Je n’oublie pas le massacre des chrétiens dans le monde, qui sont le fait, presque exclusivement, de musulmans radicalisés, quand ceux-ci ont un rapport de forces favorables.

 

2° Que pensez-vous de la polémique nationale autour des crèches de Noël dans les bâtiments publics ?

 

Pierre Cassen : Je pense d’abord que les prétendus Libre Penseurs qui ont lancé la charge contre la crèche du conseil général de Vendée sont des imposteurs. Je n’ai pas oublié que la Libre Pensée défendait le voile islamique à l’école, en 2003, et qualifiait de racistes sont qui, comme moi, militaient pour l’interdiction des signes religieux, dont le voile islamique, à l’école publique. Les mêmes libres-penseurs s’opposaient également à une loi contre le niqab dans la rue, en 2009. La mobilisation des Français autour de ces crèches est un réflexe identitaire qui n’est pas incompatible avec nos principes laïques. Je suis favorable aux crèches, comme symboles païens de notre Histoire commune, dans les lieux publics, mais je ne veux pas pour autant qu’on recléricalise les mairies, en y commérant des fêtes juives, chrétiennes, chinoises, bouddhistes ou des Adventistes du 7ejour. En ce sens, autant j’approuve la crèche de Robert Ménard, mairie de Béziers, autant je suis hostile à la commémoration de la fête juive d’Hanouka dans la même mairie, et bien sur à la fête du ramadan célébrée chaque année par la mairie de Paris.

 

 

3° La religion catholique est-elle, aujourd’hui, compatible avec la laïcité à la Française ?

 

Pierre Cassen : D’abord, précisons que la laïcité n’est pas l’athéisme, et qu’on peut être catholique et laïque, et athée et antilaïque. La religion catholique est compatible avec la laïcité, si elle applique le fameux « Il faut rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, et à César ce qui appartient à César », ce que Victor Hugo a exprimé à sa façon, en 1850 : « Je veux l’Etat chez lui, et je veux l’Eglise chez elle ». Je suis convaincu que la majorité des catholiques français préfèrent vivre dans une France laïque que dans une France catholique. Pour autant, il y a, chez un certain nombre d’entre eux, un esprit revanchard avec la laïcité, et l’envie de s’allier à l’islam, dans une communauté de croyants, contre ce qu’ils appellent le laïcisme, un terme dans lequel je ne me reconnais pas. Je n’ai pas envie de vivre dans un pays où, au nom d’une prétendue émancipation des individus (décidée par d’autres), on persécute les croyants. Mais je n’ai pas envie non plus que des croyants m’imposent leurs lois et leurs codes, et endoctrinent les enfants. C’est pourquoi le modèle laïque français, malgré nombre de reculs, ces dernières années, à cause essentiellement de l’offensive de l’islam, me convient, et satisfait, je pense, une majorité de catholiques.

 

 

4° Que répondez-vous à ceux qui affirment que la laïcité est « le fer de lance » de l’islamisme en France ?

 

Pierre Cassen : Nous avons souvent droit à ce genre d’attaques, de la part de certains catholiques parfois nerveux à l’encontre des laïques. Nous répondons toujours que nous fûmes les organisateurs des Assises internationales contre l’islamisation, et que nous avons entendu douze représentants de pays différents, anglo-saxons, monarchies, républiques, démocraties, nous raconter la même histoire. Partout où l’islam prend pied sur un territoire, au bout d’un moment, cela devient plus difficile pour les femmes, pour les juifs, pour les homosexuels, et pour la religion dominante, catholique, orthodoxe ou protestant. Il est donc trop simple, et fort réducteur, de faire porter le chapeau de l’offensive islamiste aux seuls laïques français. Par contre, je veux bien apporter de l’eau à votre moulin, en condamnant avec la même force que vous ceux qui, à l’image d’un Mélenchon, passent leur temps à crier « A bas la calotte », ou « Croaa, croaa », mais lèchent les babouches musulmanes, préparant un changement de peuple, mais aussi de civilisation. Pour moi, le christianisme fait partie de mon histoire, et je veux qu’on transmette son héritage, dans le respect des principes laïques. Par contre, l’islam n’a rien à voir avec mon histoire, avec ma civilisation, et je considère ce dogme, que je n’appellerai jamais religion, comme un péril mortel pour la démocratie et la liberté. C’est pourquoi croyants et non-croyants doivent s’allier pour défendre notre modèle civilisationnel, c’est bien plus urgent que d’entretenir des querelles artificielles.