« Les Syriens espèrent encore rentrer, les Irakiens non ! »

Quel est le nombre approximatif d’Irakiens ou de Syriens actuellement réfugiés au Liban?

Il est difficile de savoir précisément, mais les derniers chiffres officiels, de janvier 2015, évoquent 1,6 million de Syriens. Il y a également plusieurs milliers d’Irakiens et tous les camps palestiniens extrêmement préoccupants pour les Libanais. Certains rapports internationaux nous reprochent de ne pas traiter dignement ces réfugiés, mais comment veulent-ils que nous fassions ? La po­pulation libanaise n’est que de 4 millions de personnes ! Le Liban a déjà du mal à nourrir ses enfants : plus de 85 % de la population vit désormais en dessous du seuil de pauvreté et le taux de chômage ne cesse d’augmenter avec ces arrivées massives d’étrangers.

 

Les réfugiés chrétiens irakiens et syriens sont-ils dans la même situation?

Les Irakiens viennent au Liban depuis de nombreuses années déjà, parce qu’ils étaient sans cesse menacés. Ils quittent désormais l’Irak parce qu’ils en sont chassés. Beaucoup racontent une technique pratiquée par les islamistes : ils enlèvent un enfant, attendent la rançon, rendent l’enfant et savent pertinemment que la famille fuira le pays ensuite. Il y a également de très nombreux cas de viols de toutes jeunes filles qui poussent les familles à fuir. Et tout le monde a entendu l’ultimatum lancé par l’État Islamique aux familles chrétiennes de Mossoul l’été dernier : ils avaient une demi-journée pour se convertir, payer un impôt, fuir ou mourir. En Syrie, en revanche, les chrétiens comme les autres fuient d’abord les combats, même si les chrétiens sont particulièrement ciblés dans certaines régions.

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Ces réfugiés dont vous vous occupez ont-ils l’espoir de rentrer un jour dans leur pays?

Les Syriens ont cet espoir, les Irakiens non. Les chrétiens irakiens sont épuisés de fuir les persécutions. Les Syriens en revanche espèrent rentrer dès la fin de la guerre.

 

Comment réagissent les Libanais?

Il y a d’abord eu un mouvement de solidarité extraordinaire, mais les Libanais sont de plus en plus épuisés. La main-d’œuvre peu chère des réfugiés a fait perdre à beaucoup d’entre eux leur travail, la demande a provoqué une forte hausse des prix… Mais c’est également l’aspect sécuritaire qui inquiète les Libanais : parmi ces millions de réfugiés, il y a évidemment des terroristes et la criminalité a considérablement augmenté au Liban depuis trois ans. Tout est plus difficile, le pays est sale. Ce n’est pas de la faute de ces réfugiés qui fuient la guerre, mais c’est un fait : les Libanais n’en peuvent plus.