« L’Europe chrétienne nous a trahis… »

Le père Fadi Najjar est un jeune prêtre grecmelkite catholique d’Alep.

Quelle est la situation à Alep, aujourd’hui ?

Les habitants vivent une situation extrêmement difficile depuis 5 ans, et l’épuisement est de plus en plus palpable. En ce moment, il fait très froid et les habitants sont toujours privés d’eau et d’électricité. Cette semaine, dans notre paroisse, nous avons célébré plus de 30 enterrements… C’est le quotidien depuis le début de cette guerre.

Quel est le pire pour vous ?

C’est évidemment la perte de notre sécurité. Mais l’émigration est le plus douloureux pour nous qui restons et voulons que la Syrie conserve sa précieuse minorité chrétienne.

Y a-t-il un risque particulier pour les chrétiens ?

Bien sûr, celui de la disparition. Aucun chrétien ne pensait à partir avant la guerre ; aujourd’hui, l’hémorragie chrétienne est dramatique. Nous vivons les mêmes horreurs que tous les Aleppins, mais les chrétiens se sont sentis trahis par les pays occidentaux plus que n’importe qui. Je n’ai pas peur de dire que l’Europe chrétienne nous a trahis, et qu’elle est en partie responsable de cette disparition si préoccupante.

Vous en voulez à l’Occident ?

Évidemment. Ils ont créé et alimenté l’islamisme le plus destructeur et l’Europe le regrettera un jour… La France le sait déjà trop bien. Quelle tristesse de voir que vous goûtez au même mal que nous, alors que nous vous prévenons depuis des années.

Que pensez-vous de la politique d’immigration de l’Europe ou du Canada ?

Mais pourquoi ces pays ouvrent-ils subitement leurs frontières ? C’est une catastrophe évidemment ; cela contribue à la destruction de notre pays. Pour moi, ces politiques d’immigration sont une trahison, a fortiori lors¬que des pays historiquement chrétiens facilitent le départ des chrétiens syriens.

L’intervention russe a-t-elle changé quelque chose ?

Je suis prêtre et je ne vais pas entrer dans les questions politiques, mais je peux vous dire que l’intervention russe a changé les choses, au moins moralement, dans le cœur des Aleppins. Cette intervention est la première à être efficace. Mais concrètement, aujourd’hui, rien n’a encore changé dans la vie de mes fidèles.

Qu’espérez-vous ?

Que le monde comprenne qu’il doit nous laisser vivre en paix. Vos gouvernants veulent le pétrole, le gaz… Nous voulons simplement la paix, nous voulons – nous, chrétiens – continuer à témoigner de l’Amour du Christ auprès de tous nos compatriotes. J’appelle donc tous les hommes de bonne volonté à œuvrer pour la paix, et les chrétiens à prier de tout leur cœur à cette intention. La Syrie mérite également la vérité. Écoutez les Syriens, écoutez ce que nous vous disons et tentez d’ouvrir les yeux de vos gouvernants !