« Maintenant que Maaloula est libérée, il nous faut pardonner ! »

Le père Toufic Eid est curé de la paroisse grecque melkite catholique de Maaloula. Il était la semaine dernière en France, occasion de nous donner des nouvelles de ce village martyr, qui avait été pris par les “rebelles” le 4 septembre 2013, avant d’être libéré le 13 avril 2014.

 

 

 

Comment vont les habitants de Maaloula?

Ils rentrent petit à petit et reconstruisent notre village saccagé par huit mois d’occupation djihadiste. Il reste encore des habitants de Maaloula à Damas et je passe mon temps entre le village et la capitale syrienne pour être le plus proche possible de mes paroissiens. Mais je suis confiant, nous réussirons à reconstruire. Notre plus grand défi n’est pas dans la reconstruction des pierres ; il est dans les cœurs. Il nous faut rester chrétiens et pardonner. Ce n’est pas facile, mais notre pardon seul permettra aux musulmans qui nous ont trahis, attaqués, ou à ceux qui se taisent devant la barbarie, de convertir leurs cœurs. Nous ne devons pas laisser le mal de nos ennemis nous atteindre, sinon nous enterrons l’espérance. C’est difficile parce que le pardon n’est pas humain ; il est divin. Alors, priez pour nous !

 

Que dites-vous aux fidèles qui veulent partir?

Mon rôle n’est pas de les forcer à rester. Mais ma conviction, c’est que nous devons rester, parce que la présence chrétienne est indispensable au Moyen-Orient. Si nous, chrétiens, voulions vivre tranquilles, je ne sais pas où nous pourrions aller… Sur Mars peut-être ? Nous avons choisi le Christ, nous avons donc aussi choisi la Croix. C’est notre Seigneur qui nous a plantés dans cette terre, et c’est ici qu’est notre mission, jusqu’à la mort.

 

Vous conseillez à vos fidèles de pardonner… Qu’en est-il de la réconciliation avec les musulmans?

À Maaloula, ce sont des familles musulmanes du village qui ont attaqué, la blessure est donc immense. Mais les chrétiens ne s’opposent pas à la réconciliation : rien dans notre comportement l’empêche ! Mais parler de réconciliation ne suffit pas, il faut aussi agir et dire les choses. La réconciliation est conditionnelle : il faut nommer celui qui a blessé et celui qui a été blessé et il faut que le premier demande pardon… La réconciliation n’est pas entre nos mains, mais entre celles des musulmans. Cependant, nous ne devons rien attendre pour suivre le Christ et aimer notre prochain, même et surtout lorsque c’est difficile.

 

Vous venez de passer une semaine en France, qu’êtes-vous venu apporter ici?

Je suis tout d’abord allé à Béziers, ville avec laquelle Maaloula a été jumelé il y a quelques mois. Puis, je suis allé à Toulouse, Lyon et Paris à l’invitation de l’association SOS Chrétiens d’Orient : j’ai pu rencontrer les Français, ainsi que des autorités religieuses et politiques, notamment au Sénat, à l’Assemblée et au ministère des Affaires étrangères. Je suis venu raconter ce qui se passe en Syrie, ce que nous vivons et que les médias français n’ont jamais raconté correctement. La paix n’est possible qu’avec la Vérité, alors je dis aux Français comme aux Syriens : protégez et défendez la Vérité !