Mossoul : les patriarches d’Antioche lancent un appel

Militant Islamist fighters on a tank take part in a military parade along the streets of northern Raqqa province June 30, 2014. Militant Islamist fighters held a parade in Syria's northern Raqqa province to celebrate their declaration of an Islamic "caliphate" after the group captured territory in neighbouring Iraq, a monitoring service said. The Islamic State, an al Qaeda offshoot previously known as Islamic State in Iraq and the Levant (ISIL), posted pictures online on Sunday of people waving black flags from cars and holding guns in the air, the SITE monitoring service said. REUTERS/Stringer (SYRIA - Tags: POLITICS CIVIL UNREST CONFLICT) - RTR3WJA0

Le 10 juin 2014, Mossoul tombait entre les mains de l’État Islamique. Deux ans plus tard, le 10 juin 2016, Ignatius Aphrem II, patriarche syro-orthodoxe d’Antioche, et Ignatius Youssef III Younan, patriarche syro-catholique d’Antioche, ont lancé un appel commun à la communauté internationale et à leurs fidèles dispersés et réfugiés.
Un texte très émouvant.

Voici deux ans que notre peuple syriaque a été déraciné de la terre de ses ancêtres à Mossoul et dans la plaine de Ninive, conséquence d’une action criminelle, assimilable à un génocide ethnico-religieux, commise par l’EIIL [État Islamique en Irak et au Levant] et d’autres groupes terroristes qui considèrent comme infidèles ceux qui ne partagent pas la foi et les croyances de leurs doctrines religieuses.

Le 10 juin 2014, notre peuple a été contraint de fuir Mossoul. À l’aube du 7 août suivant, le déracinement s’est poursuivi et notre peuple a été contraint de quitter [les villages et les villes] de la plaine de Ninive. Ils sont devenus des réfugiés et des sans domicile fixe dans la région du Kurdistan irakien et dans d’autres pays voisins : Liban, Jordanie et Turquie.

Aujourd’hui, deux ans après que cette calamité s’est abattue sur notre peuple, les pays décisionnaires et la communauté internationale demeurent muette et inactive face au nettoyage ethnique d’un peuple historique qui a fondé des civilisations dans cette région. Nous sommes les descendants de ces martyrs qui ont défendu leur foi et leur honneur. Ils ont été témoins jusqu’à l’effusion de leur sang.

Nous saluons la décision de certains pays de reconnaître ces actes terroristes comme un génocide contre les chrétiens et d’autres minorités religieuses. Toutefois, nous dénonçons avec vigueur l’absence d’actions sérieuses de la part de la communauté internationale et du gouvernement irakien visant à libérer Mossoul et les villages de la plaine de Ninive des groupes terroristes. Ils ont détruit nos églises et nos monastères, en particulier le monastère des Saints-Benham-et-Sarah où la tombe du saint a été bombardée. Ils ont volé les propriétés et les biens de notre peuple, répandant les ténèbres de la mort, de la destruction et de la dégradation morale.

Comme pères spirituels de ce peuple, nos cœurs sont transpercés de douleur et nos yeux remplis de larmes à chaque visite que nous avons rendue, ensemble ou séparément, à nos enfants établis dans les villes de la région du Kurdistan irakien. Nous constatons leurs souffrances et l’absence des choses les plus élémentaires pour mener une vie digne : habitations, emplois, soins médicaux et écoles pour les enfants. Nous remercions le gouvernement de la région du Kurdistan irakien de ses efforts pour offrir des services élémentaires dans ces temps difficiles. Nous affirmons de même notre exigence d’une libération immédiate de Mossoul et de la plaine de Ninive, du retour de nos fils et de nos filles sur leurs terres et dans leurs maisons. Ils devraient pouvoir profiter de la sécurité et de la stabilité et de conditions de vie leur garantissant la dignité et l’aide pour restaurer leur confiance dans leur pays et l’espérance d’un futur lumineux.

Par conséquent, nous disons à nos fils spirituels qui ont été obligés de fuir de leurs maisons et de leurs communautés :
Nous sommes avec vous en tout moment, nous vous exhortons à demeurer la lumière qui brille dans les ténèbres de cette tribulation, afin que votre retour chez vous arrive vite. Nous avons confiance dans la promesse du Seigneur Jésus-Christ qui nous a dit de ne pas avoir peur : « Mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde » (Je, 16, 33).

Source : AINA – © CH pour la traduction.