Mossoul est libérée : que vont devenir ses habitants chrétiens ?

La nouvelle de la libération de Mossoul a été officiellement annoncée par le Premier ministre irakien. C’est évidemment une bonne nouvelle que d’apprendre que les djihadistes de l’État Islamique en ont été chassés. Mais ces trois années d’occupation impitoyable des islamistes vont laisser des stigmates, et notamment chez les anciens habitants chrétiens de la ville. L’ONG étatsunienne International Christian Concern (ICC) le rappelle dans un communiqué.

Pour les chrétiens déplacés du fait de l’EIIL [État Islamique en Irak et au Levant], l’annonce de la libération de Mossoul est un événement attendu depuis longtemps.

Plus de 100 000 chrétiens furent chassés de leurs foyers à Mossoul et dans ses environs par les militants de l’EIIL, après qu’ils prirent la ville en 2014. Depuis cette date, beaucoup de chrétiens ont mené une vie de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, dans des villes du nord de l’Irak comme Erbil. Les chrétiens qui étaient restés à Mossoul furent capturés, contraints de se convertir à l’islam, de payer un impôt pour demeurer libres, ou menacés de mort.

Alors que la libération de Mossoul est assurément une bonne nouvelle pour beaucoup de chrétiens en Irak, les questions qu’on se pose sur l’avenir de leur communauté sont toujours sans réponses.

« Maintenant que Mossoul est entièrement libérée, le gouvernement devrait faire quelque chose pour aider la population éprouvée », a déclaré à ICC Rabea, un chrétien déplacé du fait de l’EIIL en 2014. « Le gouvernement pourra-t-il supporter le coût de la reconstruction de nos communautés ? ». « Des forces armées continuent de se battre autour de Mossoul et dans d’autres parties de l’Irak, car la libération de Mossoul ne signifie pas que l’Irak est totalement débarrassé de l’EIIL », ajoute Rabea.

« Pour les chrétiens, la capture de Mossoul et de la plaine de Ninive est plus qu’une simple occupation », explique à ICC le Père Albert, prêtre catholique à Bagdad. « Cela a affecté la confiance. L’EIIL a brisé la communauté [nationale] et les chrétiens ne pourront plus jamais s’y intégrer. Cela veut dire que beaucoup chercheront à émigrer dans le long terme ». « La moitié des civils de Mossoul a rejoint l’EIIL », poursuit le prêtre. « Les chrétiens ont vu beaucoup de reportages sur les réseaux sociaux, montrant comment des civils avaient accueil-li l’EIIL en juin 2014. Comment peuvent-ils faire encore confiance à ces gens ? ».

Les chrétiens ont vécu à Mossoul et dans la proche plaine de Ninive depuis près de 2 000 ans. Rien qu’à Mossoul, on estimait le nombre de chrétien à 35 000 [en juin 2014], alors qu’ils étaient 60 000 en 2003. Les 45 églises et bâtiments ecclésiastiques de Mossoul ont été investis par l’EIIL ou détruits depuis 2014.

ICC, 10 juillet – © CH pour la traduction.