Nigéria : l’autre génocide ignoré contre des chrétiens

Un rapport du World Wide Research (WWR), département de la
recherche d’Open Doors International, de novembre dernier, jette une
lumière crue sur un autre génocide ignoré et en cours de réalisation contre des chrétiens au Nigéria, mais qui n’est pas mené par Boko Haram…
Un communiqué de World Watch Monitor nous en livre la synthèse.
En voici des extraits.

Tout le monde a entendu parler des atroces violences commises par Boko Haram dans le nord-est du Nigéria, mais l’État de Taraba [à l’est du pays] est aussi le cadre de graves violences : les éleveurs musulmans haoussas/peules perpètrent régulièrement des atrocités contre les agriculteurs chrétiens locaux.

Un rapport approfondi laisse entendre que ces atrocités contre les chrétiens peuvent être considérées comme un « nettoyage ethnico-religieux » présentant les caractéristiques d’un « génocide ».
Le rapport du Nigeria Conflict Security Analysis Network (NCSAN), [intitulé Violent Conflict in Divided Societies. The Case Study of Violent Conflict in Taraba State (2013-2015)], réfute l’affirmation que ce conflit est principalement dû à la dégradation de l’environnement et aux migrations [intérieures], mais indique, au contraire, un programme islamiste de domination.

Le rapport fournit des chiffres sur les différentes catégories de violences commises contre les chrétiens, et replace ces chiffres dans un cadre historique. Il révèle que les chrétiens de l’État de Taraba sont fréquemment soumis aux graves violences perpétrées par les éleveurs musulmans haoussas/peules.

Entre décembre 2013 et juillet 2015, les recherches montrent que :
A. 1 484 chrétiens ont été tués (532 hommes, 507 femmes et 445 enfants).
B. 2 388 chrétiens ont été blessés (1 069 hommes, 817 femmes et 502 enfants).

Outre les tués et les déplacés, les statistiques indiquent la destruction de 171 églises, 314 maisons (y compris la destruction complète de 15 enceintes familiales comportant de nombreuses maisons et autres propriétés), 39 magasins ou entreprises détenus par des chrétiens, ainsi que de nombreux champs, biens et autres possessions.

Ces atrocités ont fait que beaucoup d’habitants – en majorité des chrétiens – sont devenus des personnes déplacées internes (IDPs [selon l’expression officielle de l’ONU]).

Dans l’État de Taraba, on trouve 10 camps IDP peuplés d’environ 11 898 IDPs. Dans l’État voisin de Benue, on compte 6 camps IDP qui hébergent environ 12 664 IDPs chrétiens originaires de l’État de Taraba. Ces camps IDP sont fournis par des organisations d’Églises, des associations culturelles et des groupes de la société civile des États de Taraba et de Benue.

On estime que 10 000 autres IDPs se sont établis dans des villages et des villes proches de la frontière entre le Nigéria et le Cameroun. Ce qui fait grimper le nombre d’IDPs à au moins 30 000. Le NCSAN signale qu’alors que se poursuit le conflit contre Boko Haram, « il n’y a eu aucun camp organisé par le gouvernements de l’État de Taraba pour ces chrétiens déplacés » […].

Les chercheurs estiment que les informations collectées ne représentent que 50 % de la violence réelle […]

Les atrocités commises par les éleveurs musulmans haoussas/peules peuvent au mieux être considérées comme un nettoyage ethnique et au pis comme un génocide. […]

Source : Communiqué de World Watch Monitor, 30 novembre – CH pour la traduction