Nord-Est de la Syrie : les Assyriens sous le joug kurde

La désintégration de la Syrie a créé les conditions d’une montée de la revendication d’une autonomie kurde, notamment dans les gouvernorats d’Al-Hasaka et d’Alep, une région que les Kurdes ont baptisé Rojava et qui est tombée sous le contrôle du Parti de l’union démocratique (PYD) d’inspiration socialiste. Les Assyriens chrétiens de cette région supportent mal ce contrôle et sont préoccupés par l’avenir. Assyrian International News Agency (AINA) vient, sur cette situation, de publier une synthèse du rapport de l’Assyrian Confederation of Europe, intitulé Les Assyriens sous le pouvoir kurde (Bruxelles, janvier 2017).

La prise de contrôle en 2012 par le Parti de l’union démocratique (PYD) du nord de la Syrie, est souvent décrite par les médias occidentaux en tant que « Révolution du Rojava ».

Les gouvernorats d’Al-Hasaka et d’Alep sont décrits par le PYD comme les cantons de Kobané, d’Afrin et de Djézireh.

En mars 2016, le PYD a officiellement déclaré son intention de devenir une fédération autonome, ce qui a été rejeté par l’État syrien et les groupes d’opposition.

L’Administration autonome autoproclamée du PYD assure la sécurité dans tout l’Asayish avec sa police et les Unités de protection du Peuple (YPG) qui lui servent de forces armées.

La montée en puissance de l’État Islamique en Irak et au Levant [EIIL] à l’été 2014, a encore accéléré le combat kurde pour l’autonomie et lui a valu la reconnaissance internationale et l’aide aux YPG en raison de leur succès dans le combat contre l’EIIL avec l’aide des États-Unis.

[La] constitution adoptée en 2014 […] garantit aux communautés non kurdes protection, liberté de religion et liberté d’utiliser et d’enseigner leurs propres langues.

Malgré cela, […] de graves violations des droits de l’homme envers des groupes non kurdes ont été soulignées par des organisations internationales de défenses des droits de l’homme.

Parmi elles, Amnesty International, dont une étude d’octobre 2015 soulignait les campagnes de destruction visant la population arabe vivant dans la région.

Les Assyriens ont fait l’expérience d’abus semblables.

Ce groupe ethnique habite principalement dans le gouvernorat d’Al-Hasaka. […]

La plus grande ville d’Al-Hasaka, Kameshli, sert désormais de capitale de facto du « Rojava », bien que la population de Kameshli ait été historiquement composée majoritairement d’Assyriens, la ville ayant été d’ailleurs fondée par des Assyriens fuyant le génocide au début du XXe siècle.

Les incidents contre les Assyriens ne sont pas tous rapportés : les médias dirigés par les Kurdes et favorables à la cause kurde préfèrent minimiser la dureté de la répression et ses effets […] sur les populations non kurdes.

Ces organes fournissent souvent des informations qui sont reprises dans la presse généraliste, lorsqu’elle traite des zones contrôlées par l’administration kurde.

Un commentaire récent de la National Public Radio [NPR] des États-Unis, citait un Kurde qui avait « trop peur des forces kurdes » à Al-Hasaka pour autoriser le journaliste à donner son vrai nom.

Étant donné qu’un tel état des choses prévaut au sein même de la population kurde, il n’est pas surprenant que les Assyriens, en raison de leur faiblesse numérique, de leur manque d’influence politique et militaire, se retrouvent en état de faiblesse quand il faut parler fort des abus commis contre eux.

Le rapport traite des obligations légales, des intimidations et des incidents violents supportés par les Assyriens dans le cadre de l’Administration autonome, abus qui constituent une tentative de nettoyage ethnique d’Al-Hasaka, les excès des forces kurdes et les châtiments infligés aux Assyriens, personnes et groupes, qui refusent d’intégrer des organisations kurdes.

AINA, 30 janvier – © CH pour la traduction.