« Notre seule espérance est l’espérance de la Croix ! »

Louis est un rescapé de l’attentat perpétré par des islamistes liés à l’Etat islamique, dans la cathédrale de Bagdad, le 31 octobre 2010. Cet attentat a fait plus de 50 morts, très majoritairement des chrétiens irakiens syriaques-catholiques.

Vous avez survécu à cet attentat… Quel souvenir en gardez-vous ?

L’horreur absolue, évidemment. Mais je vais peut-être vous étonner en disant que j’étais dans une grande sérénité par rapport à la mort ce jour-là.
J’ai œuvré du mieux que j’ai pu pour sauver le plus grand nombre de gens, j’ai foncé dans la sacristie où se cachaient près de 60 fidèles et je le dis clairement : il est miraculeux que nous ne soyons pas tous morts.
Un des djihadistes était assis derrière la porte et n’a jamais cherché à rentrer. Pourquoi ? Cela reste encore un mystère pour moi aujourd’hui.
Alors, quand je repense à ce jour, il y a une grande tristesse, une immense douleur… et une action de grâce aussi, puisque je suis là pour vous parler.

Vous n’avez pas eu peur de mourir ?

Non, j’étais “prêt” même si cela peut sembler orgueilleux. Ce n’est pas du tout de l’orgueil, c’est simplement que si j’avais dû mourir, cela aurait relevé de la volonté de Dieu.
J’ai donc tout fait pour ne pas me laisser abat¬tre bien sûr, mais sans panique ; c’est même assez étrange.
Mais Dieu en a voulu autrement, je suis encore là et ma mission est donc ici désormais !

Justement, quelle vie menez-vous, vous-même et toute la communauté chrétienne, à Bagdad depuis cet attentat ?

La bonne question serait plutôt de se demander quelle est la vie à Bagdad depuis 2003 !
Notre vie est très difficile, bien sûr, comme la vie de tous les Irakiens de toute façon, à Bagdad comme ailleurs.
Mais, en tant que chrétien, c’est l’hémorragie de notre communauté qui est extrêmement douloureuse. Comment y remédier ? La question reste entière et dépend entièrement de la guerre qui ensanglante l’Irak… Ce n’est pas vraiment entre nos mains. Mais notre mission demeure ici, et ce n’est pas une critique de ceux qui partent. Chacun fait ce qu’il peut et juge bon de faire en fonction de son avenir et de celui de ces enfants.
Ce pays est le mien et je n’imagine pas partir, quoi qu’il en coûte. Mais cette réponse est la mienne et ne mérite pas plus d’admiration qu’une autre.

Quelle espérance ?

Celle de la Croix !