« Notre vie quotidienne est remplie de petites joies que le monde ignore… »

Anna est une jeune libanais chrétienne.

Quel regard posez-vous sur le retour de milliers de Syriens dans leur pays ?
Je ne peux que m’en réjouir. D’abord, pour eux bien entendu, pour la Syrie, et pour notre pays qui souffre d’un poids bien trop lourd à gérer. La présence de ces réfugiés syriens est extrêmement difficile parce que nous sommes un petit pays, fragile et facilement déstabilisé. Forcément, cette présence nous inquiète, d’autant que plusieurs incidents ont éclaté ces dernières années avec l’armée libanaise aux abords des camps informels. Il y a nécessairement parmi ces réfugiés des islamistes mal intentionnés. Je sais aussi qu’il y a des pauvres gens obligés de fuir leur pays à cause d’une guerre qu’ils n’ont pas voulue. Notre cœur est souvent brisé à la seule vue de ces enfants dont on peine à imaginer l’avenir. C’est la raison pour laquelle le retour de ces familles est une excellente nouvelle.

Comment imaginez-vous l’avenir du Liban ?
C’est une question à laquelle il a toujours été extrêmement difficile de répondre. Le Liban est un pays extraordinaire, mais aux mille contradictions. L’équilibre confessionnel est fragile, la corruption politique incommensurable, la situation économique inquiétante… Et pourtant ce pays tient, les Libanais vivent ensemble, et la colère se contient. Jusqu’à quand ? Il est toujours difficile de le dire, nous prions simplement pour ne jamais revivre la moindre guerre… Cette guerre civile terrible et encore récente a traumatisé un très grand nombre de Libanais qui espèrent à tout prix ne jamais offrir un tel spectacle à leurs enfants. Je crois que c’est une excellente chose que cette mémoire populaire, elle est un garde-fou irremplaçable.

La région vous fait-elle peur ?
Cette région est la nôtre et nous n’avons pas forcément plus de raisons d’avoir peur que vous… Bien sûr que nous sommes parfois inquiets, mais nous aimons cette région plus que tout. Nous aimerions qu’elle soit connue dans le monde pour d’autres spécialités que la guerre. La vie peut par ailleurs y être si douce. Nous souffrons surtout de voir à quel point nos pays sont des terrains de jeux pour tous les grands de ce monde. Trop d’intérêts se croisent ici, et nos vies n’ont que peu d’importance contre des ventes d’armes ou des discussions pétrolières. Mais notre espérance est ailleurs, Dieu merci. Nous remettons tout entre les mains de Dieu, et c’est sans doute le plus joli point commun des Orientaux… Cela rend la vie nettement plus facile à supporter !

N’est-ce pas aussi source de tensions ?
Ça le devient, mais les affrontements sont d’abord politiques. Je ne fais pas l’autruche, je sais combien certains sont fanatiques et que notre seule existence les empêche de dormir… Mais ceux-là ne sont plus seulement chez nous. Or, nous, nous savons encore qui nous sommes, ce que nous défendons et pourquoi. Je crois très honnêtement que nous n’avons rien à envier aux Occidentaux. Le point commun que se sont trouvé les Libanais récemment est la Sainte Vierge… Il y a pire ! Notre vie quotidienne est remplie de petites joies que le monde ignore, mais dont nous nous satisfaisons très bien !