« Nous allons pardonner et recommencer à vivre ensemble  »

Le Révérend Ibrahim Nasir est pasteur dans l’Église évangélique d’Alep.

Quelle est votre situation à Alep, désormais ?

Nous avons pu revenir dans la vieille ville, là où se trouvait notre église qui n’est plus qu’un tas de pierres…

Des terroristes l’ont fait exploser à l’aide de leurs bonbonnes de gaz qui ont fait tant de mal dans la ville. Il ne reste plus rien, et ils étaient très fiers d’avoir pu détruire le lieu de culte de « ceux qui adorent trois dieux »… Quelle infamie !

Mais ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’ils pourront détruire toutes les églises de pierres qu’ils veulent, ils n’atteindront pas l’Église de chair.

Ils œuvrent contre notre pays, mais nous trouvons la force de résister. Ils tentent de diviser les Syriens, mais nous résistons ensemble et nous continuons à vivre les uns avec les autres, en refusant catégoriquement de vivre selon leurs règles.

Nous allons reconstruire ; nous allons retrouver Alep et ils auront définitivement perdu…

 

Beaucoup de chrétiens sont partis. Pourquoi rester ?

C’est notre pays, et partir serait les laisser gagner. Nous resterons là parce que nous aimons ce pays et que nous savons que nous y avons un avenir.

Les Syriens ont tous leur place dans ce pays, et nous garderons la nôtre.

Nous avons une vraie fidélité à ce pays et cette guerre nous rappelle sans cesse combien nous y tenons. Croyez-moi, les chrétiens ne sont pas près de disparaître d’ici !

 

Comment imaginez-vous l’avenir, avec toutes ces blessures ?

L’évacuation a montré ce que voulait le peuple syrien : la plupart des civils a choisi de vivre dans les zones contrôlées par l’armée, c’est-à-dire qu’ils ont refusé de suivre ces “rebelles” armés qui sèment la terreur dans notre pays.

Nous sommes épuisés par la guerre. Nous n’en voulons plus et nous n’en avons jamais voulu.

Nous allons nous retrouver, pardonner ce qu’il y a à pardonner avec le temps qu’il faudra, et recommencer à vivre comme nous le faisions il y a seulement cinq ans. Croyez-moi, nous savons faire !

 

Vous avez récemment reçu la visite de quelques parlementaires français… Quel message avez-vous pour la France aujourd’hui ?

À tous ces Français qui sont venus, je veux leur dire un grand merci. Merci d’être venus à nos côtés, et merci d’avoir fait le choix courageux de venir voir de leurs propres yeux la situation à Alep, comme ailleurs en Syrie.

Beaucoup de choses fausses ont été dites sur la Syrie, et beaucoup trop de choses injustes. Nous nous battons contre un islamisme qui ensanglante le monde entier. Comment est-il possible de ne pas le comprendre ?

Et voici mon message pour l’ensemble des Français : je vous supplie de rechercher la vérité sur notre situation avec toute l’honnêteté possible… et de prier pour nous !