« Nous ne reconnaissons plus notre propre pays ! »

Monseigneur Abba est l’évêque syriaquecatholique de Bagdad.

C’est votre cathédrale qui avait été touchée par un terrible attentat le 31 octobre 2010… Comment va votre communauté ?

J’étais évêque pour la communauté syriaque au Canada depuis 15 ans, lorsque notre Patriarche m’a rappelé à Bagdad, quelques mois seulement après cet attentat. L’ancien évêque avait dépassé les 80 ans et il devait être remplacé. J’ai trouvé une communauté traumatisée, bien sûr, mais également amputée. Et j’ai également trouvé une cathédrale en ruine que nous avons achevé de réparer il y a deux ans. Aujourd’hui, la communauté va mieux, les gens ont moins peur de venir à la messe, mais il reste la question de l’avenir que tout le monde se pose. Ma cathédrale est cerclée de barbelés, nous vivons comme en prison et, pourtant, c’est l’assurance de notre protection. Beaucoup sont partis, et la vie ailleurs est parfois douloureuse aussi. Ceux qui restent doivent être rassurés et aidés…

Comment les aidez-vous ?

Spirituellement d’abord, évidemment. Nous puisons notre force dans la prière et notre réconfort auprès de la Vierge Marie. Parfois, je me dis que nous gagnons ici notre Paradis ! Mais nous essayons également de soulager nos fidèles au quotidien. Nous aidons par exemple au financement du camp des réfugiés de la plaine de Ninive à Bagdad, et puis nous nous apprêtons à restaurer l’école qui jouxte la cathédrale et qui pourra accueillir 700 enfants ! Nous le faisons grâce à l’aide de la nonciature, mais également grâce aux Français : ce projet est porté par l’Aide à l’Église en Détresse et SOS Chrétiens d’Orient.

Ces associations ont récolté des fonds lors de la Nuit aux Invalides, et des centaines de jeunes Français courront le prochain semi-marathon de Paris pour financer cette école… Quel regard portez-vous sur ces actions ?

C’est une joie immense de voir ces jeunes chrétiens français se mobiliser pour nous, c’est un réconfort que vous n’imaginez pas complètement, je pense ! Je serais ravi de rencontrer ces jeunes et de les remercier. C’est ce que l’on appelle l’Église universelle !

Vous évoquiez les réfugiés de la plaine de Ninive. L’offensive est lancée sur Mossoul. Quelle espérance ?

Celle d’une libération par l’armée Irakienne et les forces en présence contre l’État islamique bien entendu, depuis le temps que nous attendons cela ! Je viens moi-même du village de Qaraqosh, dans cette plaine, et je suis impatient autant que j’ai peur de revoir nos maisons. Il faudra du temps avant que les gens puissent rentrer évidemment, parce qu’il y aura sans doute énormément de travail de déminage, de reconstruction et même de sécurisation de la région. Mais c’est une bonne nouvelle évidemment, et un bel espoir pour notre pays défiguré depuis 2003. Même Bagdad a changé de visage, nous ne reconnaissons plus notre ville ni notre pays. Les Irakiens aussi méritent la paix, et nous continuons à l’espérer envers et contre tout !