« Nous retrouvons la France que nous aimons tant… »

Charbel est membre de la municipalité d’un village libanais frontalier de la Syrie.

Vous êtes investi dans un projet de coopérative agricole à la frontière syrienne… Pourquoi ?
J’ai fait des affaires dans ma vie qui ont bien marché, j’ai été amené à voyager dans le monde entier mais je suis toujours resté incroyablement attaché à mon village parce que c’est là que se trouvent mon histoire et celle de ma famille.
Il m’a semblé naturel de revenir aider ceux qui tentent de consolider nos villages, de développer les activités économiques qui permettent d’encourager les plus jeunes à rester.
Le Liban a besoin de ses chrétiens et nous avons besoin du Liban, nous n’allons pas déserter ce pays pour lequel nous nous sommes battus, pour certains au péril de leur vie.
Ce projet de coopérative agricole fait partie de cet état d’esprit porté aujourd’hui par l’association Al Nawraj de l’ancien combattant Fouad Abou Nader, et soutenu – moralement et financièrement – par l’association française SOS Chrétiens d’Orient.
Voir que cette amitié franco-libanaise continue au-delà des combats communs dans la construction et le développement de nos enclaves chrétiennes est vraiment un réconfort immense.

Vous avez donc besoin d’être réconfortés ?

La situation du Liban est parfois inquiétante, vous le savez. Nous avons aujourd’hui 2 millions de réfugiés, qu’ils soient Palestiniens, Irakiens ou Syriens et des islamistes se cachent parmi eux.
Nous avons eu plusieurs martyrs dans la région l’an dernier et l’armée libanaise est régulièrement attaquée. Nous savons ce qu’est la guerre, et quiconque le sait prie pour ne plus jamais la connaître.
Nous sommes inquiets bien entendu, la présence de ces réfugiés est lourde pour notre pays et certains le quittent en prévention, apeurés par la situation sécuritaire ou alors découragés par la situation économique. C’est pourquoi nous avons besoin de réconfort et de soutien lorsque nous travaillons à l’enracinement des populations chrétiennes du pays.
Retrouver dans un moment pareil notre mère la France est une joie immense.

Justement, quelle est cette joie ?
Celle des retrouvailles d’abord. Celle d’une immense reconnaissance ensuite.
Voir défiler ces jeunes Français qui quittent le confort de leur existence pour venir se mettre au service de l’Orient force mon admiration et j’y reconnais l’âme de cette France que nous aimons tant.
J’espère de tout cœur que leur exemple réveillera des cœurs endormis au Liban : cette détermination qu’ont ces jeunes français n’existe même pas chez beaucoup de Libanais qui finissent par se résoudre à quitter le pays.
C’est triste et insupportable pour moi. Ces volontaires sèment des choses merveilleuses, qui les dépassent même. Je sais qu’ils sont aussi soutenus par des centaines de milliers de Français dans leurs actions… Je ne saurais pas parfaitement décrire cette joie, mais elle est immense et reconnaissante.