« Nous sommes chez nous en Syrie ; nous ne partirons pas ! »

Monseigneur Barakat est l’administrateur de l’évêché syriaque catholique de Homs, en Syrie.

Vous avez notamment en charge, dans le cadre de votre ministère, les déplacés chrétiens de Quryatain. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ces réfugiés sont arrivés, il y a quatre mois, dans la banlieue de Homs, après que leur village a été attaqué et pris par l’État islamique. Leur village n’est pas très loin de Palmyre. Plusieurs personnes du village sont encore otages entre les mains des islamistes. Il y a aujourd’hui 450 familles déplacées qui sont parties en quelques minutes, en laissant tout ce qui leur appartenait sur place.

Quelle espérance pour ces déplacés ?

Vous imaginez que le traumatisme est considérable, mais ces familles sont restées en Syrie et leur seule espérance est de pouvoir, un jour, rentrer chez elles. Mais Dieu seul sait quand elles le pourront. Dans un an ? Dans deux ans ? Aujourd’hui, leurs préoccupations sont donc très concrètes. Il faut se protéger de l’hiver, trouver de quoi nourrir et scola¬riser les enfants… Leur vie a radicalement changé. Concrètement, elles n’ont plus rien. Mais elles ont la vie et la volonté de s’en sortir.

Des volontaires de SOS Chrétiens d’Orient sont venus offrir des couettes à ces familles, quelle est votre réaction ?

Quelle joie de voir des Français venir nous voir d’abord, et venir nous aider grâce à la générosité de tant d’autres Français. Ces dons viennent du cœur ; ils arrivent incontestablement au nôtre. Sans ces soutiens, nous aurions du mal à traverser cette guerre – concrètement, mais surtout moralement. L’aide que nous apportent ces Français est salutaire, mais leur présence l’est plus encore. Nous avons besoin de ces jeunes qui viennent nous voir, qui viennent passer du temps avec nous, qui essayent de comprendre notre situation. Il faut que les Français écoutent ces volontaires qui prennent le risque de venir à nous. Il faut que vos responsables écoutent ces témoignages.

Vous en voulez à la France ?

Non, je la remercie. La France nous aide ; elle est dans ces visages des volontaires et de ceux qui permettent leur action caritative. C’est votre gouvernement qui ne comprend pas, qui veut nous donner des leçons sur ce qui est bon pour nous ! Mais nous ne sommes pas des sauvages, et nous savons bien ce qui est bon pour nous. Nous, chrétiens, ne quitterons pas la Syrie. Nous reste¬rons ici ; ce pays est le nôtre ! Mais les Français ne connaissent pas la Syrie. Il n’est pas possible de se faire une idée avec ce que l’on entend ici ou là à propos de notre pays et de cette guerre. La Syrie est peuplée de gens qui n’espèrent qu’une chose : la paix.

Qu’attendez-vous ?

Que tous ceux qui veulent le bien du peuple syrien œuvrent pour la paix. Cette guerre atroce a trop duré et nous sommes fatigués. Tous les jours, nous disons la messe pour que la paix revienne en Syrie, et pour que Dieu nous donne la force de rester ici et de reconstruire demain ce pays que nous aimons tant.