« Nous y arriverons, avec la grâce de Dieu… »

Clara est une jeune chrétienne originaire de Maaloula, en Syrie

Il y a quatre ans, six hommes étaient enlevés à Maaloula… Vous les avez finalement retrouvés ?
Nous avons retrouvé cinq des six corps au Liban, égorgés. Apparemment, ils auraient été tués il y a maintenant un an… C’est terrible. Nous nous sentons trahis parce que nous avons espéré pendant des années, nous avons attendu, nous avons accepté le retour des familles musulmanes dans le village, donné l’argent que l’on nous avait demandé… Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, et même des choses très difficiles, pour les revoir un jour ici, à Maaloula. Ce mardi, nous les enterrons et c’est l’une des images marquantes de cette guerre atroce… Ils n’avaient rien demandé, ils défendaient leur village le jour de l’attaque, rien de plus. Ils étaient pères, frères, fils ou amis. Le plus dur est sans doute de savoir que des musulmans de notre village, avec lesquels nous avons grandi, faisaient partie des djihadistes qui ont pris le village et enlevés ces six maaloulites. Il faudra un jour que la confiance remplace la colère… Mais comme c’est difficile.

Votre village aura décidément beaucoup de martyrs…
Oui, ils sont à la fois un poignard dans notre cœur et la fierté de notre village. Le 4 septembre, les djihadistes ont attaqué, ils étaient Jordaniens, Tunisiens, Irakiens… Mais aussi d’ici, de chez nous. Nous avons tous fui ce village pour leur échapper mais certains jeunes sont restés pour tenter de défendre notre fief, ou alors pour s’occuper des personnes âgées qui refusaient – au début – de quitter la terre de leurs ancêtres. Trois de ces jeunes ont été assassinés parce qu’ils refusaient de se convertir, sous les yeux de l’une de leurs sœurs… Six autres ont été enlevés, et vous connaissez désormais la suite.

Vous avez parlé du retour des musulmans dans le village… Comment cela se passe-t-il ?
Je ne vais pas vous mentir, c’est extrêmement compliqué. Nous vivions ensemble avant la guerre sans trop de problèmes mais certains nous ont trahis : ils ont livré le village, tué plusieurs des nôtres, brûlés des maisons, dévastés nos églises… Lorsque les premières familles sont revenues, c’était très difficile. Le prêtre nous a aidés à le faire, et nous avons peu à peu appris à pardonner. D’autant que les femmes et les enfants qui sont rentrés n’étaient pas nos bourreaux mais seulement leurs familles…
Cette nouvelle trahison, l’enterrement de ces corps que nous avons tant espéré retrouver, ravive des tensions douloureuses. Nous allons continuer à faire en sorte que cela se passe le mieux possible, avec la grâce de Dieu, mais c’est douloureux.

Vous êtes malgré tout rentrée à Maaloula ?
Bien sûr, c’est notre village et nous y sommes attachés plus que tout. Nous sommes ici chez nous et ces djihadistes n’auront pas raison de ce patrimoine vivant que nous sommes pour la Syrie. Nous avons reconstruit les maisons détruites, restauré nos églises et le village reprend peu à peu vie. C’est notre manière aussi de gagner cette guerre.