« Où sont vos indignés professionnels ? »

Georges est Aleppin et chrétien.

Un nouvel attentat, particulièrement meurtrier, a frappé la Syrie. Comment va la Syrie ?
Un nouvel attentat, oui, comme nous en subissons quotidiennement aux quatre coins du pays depuis six ans, sans que tous provoquent la même indignation à travers le monde. Cette fois-ci, ce sont les habitants chiites de Foua et Kafraya qui ont été visés, simplement parce qu’ils habitent des villages loyalistes et sont chiites. Où sont vos indignés professionnels ? Je vous pose la question, mais, honnêtement, nous avons appris à vivre sans faire attention aux commentaires de l’Occident. Les morts de cet attentat ont-ils moins de valeur que ceux de la semaine dernière ? La vérité, c’est que les Syriens n’ont jamais eu d’importance pour vous, si ce n’est lorsque leur mort a pu servir votre vision binaire et intéressée du conflit. Nous n’avons pas besoin de vous pour résister et aimer ce pays, ni pour nous battre aussi longtemps qu’il le faudra pour préserver notre souveraineté en face de tous ces pays qui rêvent de nous soumettre comme ils ont soumis l’Irak ou la Libye.

L’attaque chimique récente a remis en cause plusieurs assouplissements diplomatiques. Le comprenez-vous ?
Je crois surtout que certains faits divers sont instrumentalisés en fonction des désirs ou projets de l’Occident, et notamment des États-Unis. Bien sûr que cette attaque chimique est atroce, mais qui peut assurer aujourd’hui avec certitude son origine ? Je rappelle à tous que les États-Unis avaient l’air tout aussi sûrs d’eux lorsqu’ils ont envahi l’Irak en invoquant des armes de destruction massive. Quand ils ont reconnu qu’elles n’existaient pas, le pays était déjà en ruines. Ces postures scandalisées ne nous trouvent toujours pas de solution : il n’y a pas d’alternative politique sérieuse et les islamistes du monde entier lorgnent sur le pays. La question ne se pose pas très longtemps. Sans compter que notre gouvernement résiste depuis maintenant 6 ans à de grandes puissances, ce n’est pas rien : nous sommes un peuple fier et cela compte.

Comment imaginez-vous la suite de cette guerre… et sa fin ?
C’est aux États-Unis et à leurs alliés qu’il faut demander. Nous sommes épuisés et, si cela dépendait uniquement des Syriens, la guerre n’aurait jamais atteint un tel degré de barbarie. Mais nous savons espérer et profiter de ce que nous avons. La vie à Alep est bien plus calme que lorsque les terroristes occupaient certains quartiers. La guerre n’est pas finie, mais notre quotidien s’est amélioré. Je ne peux pas répondre à votre question. Nous avons arrêté d’imaginer la fin de la guerre, cela nous rend trop tristes. Le défi que nous nous lançons, c’est de défier la mort que servent ces sauvages. Nous, nous avons définitivement choisi la vie. Et la fête de Pâques vient de nous rappeler qu’elle triomphe toujours, à la fin. Vous avez du mal à comprendre que notre consolation soit spirituelle, mais Dieu est omniprésent dans notre pays – et pour tous les Syriens. Notre espérance est invincible, même si l’espoir humain est devenu quasiment impossible !