« Parfois, la foi est réellement le seul repère qui reste… »

Mirna est mère de famille, chrétienne. Originaire de la ville de Mossoul, tombée entre les mains de l’État islamique en juin 2014, elle vit aujourd’hui à Bagdad.

Vous habitez aujourd’hui Bagdad, mais vous habitiez, il y a encore quelques années, près de Mossoul… La guerre fait rage. Espérez-vous rentrer ?
C’est très difficile à dire, honnêtement. Il est vrai que nous sommes heureux de voir qu’enfin la guerre est menée contre l’État islamique à Mossoul. Voilà des années que des pays du monde entier en parlent, mais que les résultats sont inexistants. Là, nous avons l’impression que la guerre est menée et elle semble d’ailleurs difficile…

Mais nous ne pouvons pas encore imaginer rentrer pour plusieurs raisons. D’abord, parce que la guerre n’est pas gagnée. Ensuite, parce que nous ne savons pas ce que deviendra cette ville, même sans l’État islamique.
Cela faisait des années que des islamistes se trouvaient de plus en plus nombreux, et ces gens ne supportent pas l’idée d’une présence chrétienne à côté d’eux.
Nous n’avons malheureusement pas attendu l’État islamique pour avoir peur. Des familles étaient régulièrement menacées ou intimidées. Notre avenir dans ce pays est très incertain, et dans cette région peut-être plus encore.

Nous rêverions de rentrer, mais nous devons aussi être réalistes : nous ne pouvons pas savoir, aujourd’hui, si un avenir est possible là-bas pour nos enfants.

Qu’imaginez-vous aujourd’hui ?
Là encore, c’est une question délicate. J’espère de tout mon cœur que les enfants de mes enfants grandiront sur la terre de leurs ancêtres. J’aime ce pays et je souffre le martyre de penser à partir.

Mais, honnêtement, c’est forcément aussi une question qui se pose. Je veux bien que la vie soit difficile, mais je ne peux imaginer rester si elle devient impossible.

Ce pays a sombré dans un chaos terrifiant depuis le début de l’invasion américaine… Notre avenir est inquiétant – et peut-être plus encore pour nous autres, chrétiens.

Il y a dans ce pays des islamistes, toujours plus nombreux, qui ne supportent déjà pas les musulmans acceptant que d’autres ne le soient pas… Alors, imaginez des chrétiens !

Les civils qui ont vécu pendant trois ans avec l’État islamique en ont sûrement souffert, mais peut-être aussi que leurs mentalités se sont durcies.

Je suis donc en permanence partagée entre la ferme volonté de rester et la crainte prudente de devoir partir.

Être chrétien est-il alors une force ?
C’est une force absolument indispensable, car c’est bien souvent notre seule raison d’espérer.

La Croix est une consolation quand votre quotidien est difficile, parce que vous savez qu’elle n’est pas la fin, et qu’un bonheur indescriptible lui succède.

Parfois, la foi est réellement le seul repère qui reste… et qui console.