Patriarche Aphrem II : « La guerre en Syrie n’est pas une guerre civile »

Ignace Aphrem II Karim, primat de l’Église syriaque orthodoxe et Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient était l’un des prestigieux invités d’une conférence sur l’avenir des chrétiens au Moyen-Orient, qui s’est tenue à Munich du 17 au 19 février dernier, à l’invitation de la Fondation Hanns-Seidel. Voici la traduction d’un passage particulièrement intéressant de l’allocution du Patriarche telle qu’elle a été retranscrite par Assyrian International News Agency.

Shlomo veut dire paix en araméen : c’est ainsi que nous nous saluons, mais c’est ce qui nous manque aujourd’hui. Merci à la Fondation Hanns-Seidel de nous fournir l’occasion de faire entendre notre voix : on a ignoré un certain temps les chrétiens d’Orient et nous accueillons avec plaisir toutes les occasions qui nous sont données de nous faire entendre. Nous sommes ici parce que la paix doit toujours être recherchée et atteinte. Le conflit syrien doit être réglé pacifiquement. La violence n’apporte que d’autres violences, comme l’a dit le pape François.

La guerre en Syrie n’est pas une guerre civile. Ce dont nous souffrons, en Syrie comme en Irak, ne saurait être appelé une guerre civile. C’est toutefois un [conflit] qui est dû au fanatisme religieux et à l’extrémisme. Il balaye toute la région et s’étend hors des limites du Moyen-Orient, jusqu’à l’Europe et au monde entier.

Voici environ cent ans, nous avons souffert d’un horrible génocide au Moyen-Orient, mais il ne s’est pas arrêté en 1915 ou en 1918 : il se poursuit de nos jours.

Il n’y a pas que les chrétiens qui meurent, mais ce qui se passe n’est pas loin d’un génocide. Des populations sont déracinées, contraintes de quitter leurs foyers, des églises sont détruites, des membres du clergé tués et des évêques enlevés. Les deux archevêques orthodoxes d’Alep ont été enlevés le 22 avril 2013 par l’EIIL [État Islamique en Irak et au Levant]. On ne sait pratiquement rien sur eux depuis.

Ce qui se passe au Moyen-Orient, ce ne sont pas des cas [de violence] contre des individus, mais un effort organisé pour effacer le christianisme du Moyen-Orient. Cela arrivera, si nous ne résistons pas et si nous n’exigeons pas qu’on y mette un terme.

Les statistiques sont très alarmantes en Syrie et en Irak, mais aussi en Turquie et en Terre Sainte. Les chrétiens quittent cette région à un taux alarmant. Nous voulons que vous arrêtiez cela. Nous apprécions la générosité de l’Allemagne dans l’aide aux réfugiés, mais nous voulons que vous nous aidiez à ce que les chrétiens restent au Moyen-Orient. Nous y vivons depuis deux mille ans comme chrétiens, et pendant des millénaires auparavant comme le peuple autochtone de cette région. Nous n’y sommes pas des hôtes, nous avons reçu beaucoup de gens dans notre patrie (la Mésopotamie, la Syrie) et nous avons vécu avec eux, nous avons interagi pacifiquement avec eux et nous avons appris comment nous faire accepter par eux.

Aujourd’hui, des idéologies extrémistes comme le wahhabisme ou les Frères Musulmans ont rendu très difficiles les conditions d’existence des chrétiens, elles ont détruit la coexistence pacifique entre les différents groupes religieux au Moyen-Orient et en Syrie – cela est allé de pair avec des tentatives internationales d’imposer un “changement de régime” en Syrie. Nous sommes effrayés à l’idée que des régimes séculiers pourraient être renversés par le wahhabisme ou les Frères Musulmans.

Assyrian International News Agency, 13 mars – © CH pour la traduction.