Soudan : églises détruites, chrétiens contraints au silence

Au Soudan islamiste, la sharia est la source de la législation. Dans ce pays à 90 % musulman, la persécution des chrétiens est un “sport national”. Non seulement on détruit leurs églises en toute illégalité, mais on leur interdit d’en parler…

Les chrétiens qui critiquent les agissements du gouvernement contre les églises, subissent des pressions du Service national de la sûreté et du renseignement [NISS]. « Ils m’ont dit de me taire sur la démolition des églises et sur les deux pasteurs emprisonnés », a déclaré le Révérend Mubarak Hamad, président du Conseil des Églises du Soudan, à Radio Tamazuj, une station qui émet sur le Soudan et le Soudan du Sud.

Le gouvernement soudanais projette la démolition de 25 églises dans la capitale Khartoum ou dans ses environs, lesquelles, dit-il, sont construites sur des terrains qu’elles ne possèdent pas légalement et qui sont destinés à d’autres usages. Les églises ciblées sont à la fois catholiques et protestantes.
L’ordre de démolition des églises a été émis en juin 2016. […]

Les responsables chrétiens ont contesté ces affirmations, en déclarant que les propriétés avaient été légalement acquises […].

« Ce n’est pas une action isolée, mais elle doit être replacée dans une perspective plus large », a déclaré le mois dernier à Morning Star News, Yahia Abdelrahim Nalu, modérateur du Synode Évangélique de la Presbyterian Evangelical Church du Soudan.

Milad Musa, un chrétien qui dénonce ce projet de démolitions a, dit-on, subi des représailles. Les services de sécurité l’ont convoqué pour interrogatoire dans leurs bureaux tous les jours depuis le 15 février, de 6 heures du matin à minuit. Pendant sa détention provisoire, il était parfois nourri, parfois pas. Il est membre de la Sudanese Church of Christ.

Le Révérend Hamad a subi le même traitement de la part des services de sécurité, tous les jours de 6 heures du matin à 21 heures, après la conférence de presse qu’il a tenue le 11 février, et au cours de laquelle il a appelé le gouvernement à reconsidérer ces démolitions. Il a fait remarquer que les mosquées qui se trouvent dans la même zone n’ont pas fait l’objet d’ordres de démolition.

Les services de sécurité ont suspendu ce traitement le 26 février, mais ont exigé de lui qu’il ne fasse aucune déclaration publique sur la persécution des chrétiens  […].

Depuis 2012, le Soudan a démoli avec des bulldozers des églises, harcelé et expulsé des chrétiens étrangers. […] Deux responsables chrétiens ont été condamnés au Soudan à 12 ans de prison sur des accusations d’espionnage [voir, notamment, Christianophobie hebdo, n° 105 et 109].

Catholic News Agency, 10 mars – © CH pour la traduction.