« Vous allez subir ce que nous sommes en train de subir… »

Vous étiez à Maaloula le jour de l’attaque du village?

Nous habitions alors l’une des premières maisons du village et nous avons donc entendu l’explosion contre la porte d’entrée de Maaloula, très tôt le matin. Nous avons évidemment eu peur : nous savions déjà ce dont ces isla­mistes sont capables. Il devait être 4 heures du matin, nous étions donc couchés à cette heure-ci. Les islamistes sont entrés dans la maison et sont venus nous trouver dans la chambre. J’avais devant moi un barbu qui m’a demandé de dire « Allah akbar ». Je lui ai répondu que je n’avais aucun problème à dire que Dieu était le plus grand, qu’il était évidemment le plus grand pour moi. Il a sans doute été décontenancé et n’a rien dit d’autre. Quand je lui ai dit que je resterai fidèle au Christ, il a attrapé une statue de la Sainte Vierge qui se trouvait dans notre chambre et l’a explosée au pied de notre lit. Imaginez la haine qu’il faut pour briser le doux visage d’une Sainte Vierge au pied du lit de personnes aussi âgées que nous ! Ils sont ensuite repartis en nous laissant la vie sauve, et nous avons fui le village avec le reste de la population, quelques heures plus tard.

Vous êtes, aujourd’hui, revenus!

Nous sommes rentrés quand le village a été libéré, mais notre maison a été brûlée… Nous sommes obligés d’en louer une autre. Vos médias parlent sans cesse de guerre civile, d’une guerre du peuple contre son gouvernement… Mais ce n’est pas vrai ! À Maaloula, c’est un Jordanien qui s’est suicidé à l’entrée de la ville, et ces islamistes s’en prennent au peuple. J’aimerais bien savoir en quoi ils s’attaquent à Bachar el-Assad, lorsqu’ils viennent nous menacer en pleine nuit, lorsqu’ils brûlent nos maisons ou détruisent nos églises. Nous sommes revenus parce que notre amour pour notre village et pour notre pays est plus grand que leur volonté de destruction. Ce village est le nôtre, ce pays est le nôtre, la présence chrétienne est deux fois millénaire et nous ne partirons pas !

Vous viviez en bonne entente avec les musulmans… Que s’est-il passé?

Nous vivions même comme des amis ! Mon mari appelait notre voisin “abou”, ce qui est une marque de grande amitié… Je suis incapable de vous expliquer ce qui s’est passé dans la tête de ces voi­sins qui nous ont trahis. À Maaloula, certaines familles se sont retournées contre nous. C’est à eux qu’il faut demander pourquoi.

Que dire à la France?

J’aime la France. J’ai juste envie de lui demander : « Pourquoi ? » Elle aussi nous a trahis en soutenant des monstres qui tuent et détruisent la Syrie. J’ai peur pour la France ; que va-t-elle devenir ? Vous avez laissé venir ici des gens qui s’entraînent, qui s’arment, qui prennent des contacts… Ces gens-là rentreront ; certains sont déjà rentrés. Vous allez subir ce que nous sommes en train de subir. Il serait temps de le comprendre…