Yémen : le témoignage de la religieuse rescapée

C’est un témoignage tout à fait exceptionnel donné par la soeur rescapée du massacre commis par des islamistes à Aden contre les Missionnaires de la Charité, et recueilli à la Maison Mère de la Congrégation par le Père salésien indien Joseph Aymanathil.

Le 21 avril, j’ai rencontré sœur Sally, des Missionnaires de la Charité, la seule religieuse survivante de l’attaque terroriste au Yémen.

Je me suis rendu à la Maison Mère des Missionnaires de la Charité de Kolkata [Calcutta, Bengale occidental] pour entendre des religieuses en confession.

Apprenant que sœur Sally venait juste d’y arriver, j’ai demandé si je pouvais la rencontrer. Elle est rapidement venue me voir et a répondu à toutes mes questions.

Elle m’a raconté les événements survenus le 4 mars, quand des militants islamiques ont envahi une maison pour les personnes âgées que les Missionnaires de la Charité gèrent à Aden […].

Dès qu’elle entendit le bruit de l’attaque, elle tenta d’alerter par le téléphone intérieur le Père salésien Tom Uzhunnalil, qui résidait au centre, mais elle ne put le joindre.

[…] Elle expliqua que, dès qu’elle a su que ces intrus avaient pénétré dans le couvent, elle s’est rendue dans une pièce où se trouve un gros congélateur réfrigérateur [à ouverture dessus] et elle s’est cachée derrière une porte ouverte de l’autre côté de la pièce. Elle a vu l’un des terroristes entrer précipitamment dans la pièce, soulever la porte du réfrigérateur, regarder à l’intérieur et repartir. Le manège s’est reproduit trois fois, alors qu’elle était toujours derrière la porte en train de prier. De toute évidence, ils suspectaient que quelqu’un se cachait là. Elle ne put voir ce qui arriva aux autres sœurs, mais elle entendit les cris et les gémissements et comprit qu’on les enlevait ou qu’on les tuait.

Quand l’agitation et les gémissements cessèrent, elle ne bougea pas et resta derrière la porte pendant deux heures à prier. Elle n’en sortit que quand la police arriva. Un des policiers d’Aden arracha du mur deux crucifix et hurla : « C’est la cause de tout ce bazar. »

Elle se rendit dans la chapelle et vit que la statue de la Vierge Marie avait été brisée en morceaux. À l’endroit où le Père Uzhunnalil s’asseyait habituellement pour prier, son bréviaire était tombé grand ouvert à terre, près d’un grand crucifix qui avait été brisé. Les hosties du tabernacle furent presque toutes consommées [par le Père Uzhunnalil], sauf quelques-unes dissoutes dans l’eau et l’huile de la lampe du tabernacle. Il y avait une seule hostie par terre qu’elle ramassa immédiatement. Sœur Sally fut emmenée rapidement par la police à l’hôpital.

Quand on lui demande si […] elle est toujours troublée par des sentiments traumatisants, elle dit que les deux heures qu’elle a passées à prier dans ce danger l’ont complètement guérie et libérée de toute peur traumatisante. Mais elle éprouve toujours un grand sentiment pour les sœurs martyrisées, le personnel et le prêtre enlevé.

Concernant le Père Uzhunnalil, elle se souvient qu’il restait tous les jours deux heures en prière dans la chapelle après la messe. Ce jour-là, la messe avait été célébrée le soir, car c’était un jour de retraite et qu’il y avait eu une Adoration du Saint-Sacrement le matin, et il était resté dans la chapelle tandis que les sœurs s’occupaient des résidents et des malades.

Ce matin-là, pendant son instruction, il avait dit qu’il fallait toujours être prêt à mourir. Sœur Sally [dit que ce] « saint prêtre » n’a pas fui en courant pour se mettre à l’abri, mais est restée sur place pour empêcher que le Saint-Sacrement soit profané. […] Alors qu’elle me parlait de lui, je vis une émotion lui monter aux yeux. Je lui ai dit : « Ne craignez rien, Dieu glorifiera ce saint prêtre. »

Source : Matters India – CH pour la traduction.